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Hocoia
Rapprocher le soin des gens, quand le soin ne vient plus à eux.
UX/UI Designer · Première designer produit de Hocoia · 2022 à aujourd’hui
Le problème
En France, l’accès à un médecin est devenu un parcours du combattant pour des millions de personnes. Près de 9 millions de Français vivent aujourd’hui dans un désert médical, une zone où voir un médecin est difficile ou très long. Environ 6,4 millions n’ont pas de médecin traitant déclaré.
Et quand un spécialiste existe, encore faut-il pouvoir l’atteindre. En dehors des grandes villes, obtenir un rendez-vous chez un dermatologue peut prendre jusqu’à neuf mois. Certaines personnes vont jusqu’à traverser une région entière pour être vues plus vite, ce qui coûte cher et reste hors de portée pour beaucoup. Or moins les gens voient un médecin, plus leur santé se dégrade. C’est un cercle vicieux.
Les enquêtes que j’ai menées sur le terrain l’ont confirmé de façon frappante :
Environ 20 % des personnes finissent par renoncer complètement à se soigner quand le rendez-vous est trop loin, en distance ou en délai.
Ce n’est pas un manque de volonté, c’est le système qui devient inatteignable.
Hocoia part d’une idée simple face à ça. Si le patient ne peut pas aller jusqu’au cabinet, on amène le cabinet jusqu’au patient. Des cabinets médicaux mobiles, connectés, qui se déplacent au plus près des lieux de vie pour proposer consultations et dépistages là où l’offre de soins manque.
C’est dans ce contexte que je suis arrivée, comme première et seule designer produit de l’entreprise.
Le point de départ
Quand j’ai commencé, une première identité de marque existait déjà : un logo et une amorce de charte, posés avec le studio Manaka, à Lyon. Mais il n’y avait pas d’application, pas de design system, pas de produit formalisé, et surtout peu de choses posées sur ceux à qui on s’adressait.
En parallèle, j’ai fait évoluer l’identité de marque posée avec Manaka pour qu’elle tienne la route sur un vrai produit, pas seulement sur une communication de lancement. Comme j’étais la seule designer, j’ai aussi pris en charge tout ce qui touchait à la communication de la marque pendant environ trois ans : le site, les premières présentations, les dossiers de presse, les brochures, les flyers, les kakemonos et le matériel de salon, les cartes de visite, les goodies. Tout le print et l’image de l’entreprise passaient par moi, jusqu’à ce qu’une équipe marketing se structure et prenne le relais, ce qui m’a permis de me concentrer sur le produit.
La première étape n’a donc pas été de dessiner des écrans. Elle a été de comprendre, et de faire évoluer ce qui existait. J’ai mené un travail de recherche pour poser des bases solides : enquêtes auprès des utilisateurs, analyse des concurrents, écoute des clients et des soignants, cartographie des points de friction. Qui sont les patients ? Souvent des personnes âgées, éloignées du numérique, parfois inquiètes à l’idée d’une consultation à distance. Qui sont les soignants à bord ? Des sages-femmes, des infirmiers, des manipulateurs radio, des radiologues, parfois des dermatologues, qui travaillent dans un espace contraint et ont besoin d’aller vite et bien. Un médecin est plus rarement présent physiquement, mais ça arrive. Et à distance, des médecins généralistes ou spécialistes interviennent en téléconsultation quand un diagnostic ou un avis médical est nécessaire. Ce sont ces réponses qui ont orienté tout le reste.
Ce que j’ai construit
À partir de cette base, j’ai construit le socle design de Hocoia, puis le produit lui-même. Je ne montre pas des images car je suis sur un NDA.
Le design system (HDS)
J’ai créé de zéro le système de design de l’entreprise. Les fondations, les composants, les règles, une base cohérente sur laquelle tout le produit pouvait s’appuyer et grandir sans repartir de rien à chaque écran.
HocoApp
Le cœur de l’écosystème. C’est l’application que les patients utilisent pour s’inscrire, prendre rendez-vous, remplir un formulaire de pré-consultation adapté à leur examen, puis récupérer leurs résultats et comptes-rendus dans leur espace personnel. Côté professionnel, elle gère aussi les différents profils d’accès (agents d’accueil, infirmiers, médecins, médecins experts, administrateurs), chacun avec ses propres besoins, vues et permissions, ainsi que le secrétariat médical, les calendriers et le paiement des consultations. Concevoir un produit qui reste clair pour des utilisateurs aussi différents, du patient qui prend rendez-vous une fois par an à l’administrateur qui pilote l’ensemble au quotidien, a été un vrai travail d’architecture. Le jour de la consultation, le parcours prend tout son sens. Le patient est accueilli dans le camion par un agent, puis pris en charge par un infirmier qui vérifie son identité, relève ses constantes et complète un premier formulaire d’aide au diagnostic. Une fois prêt, il est mis en relation avec le médecin en visioconférence. Le médecin peut alors, avec l’aide du soignant présent, réaliser des examens grâce à des dispositifs médicaux connectés : stéthoscope, échographe, oxymètre, spiromètre, audiomètre, tensiomètre, électrocardiogramme. À la fin de la consultation, le médecin rédige un compte-rendu que le patient retrouve directement dans son espace personnel.HocoVisio
La brique dédiée à la visioconférence médicale elle-même, qui relie le patient et le soignant présents dans le bus au médecin à distance. Elle pilote les dispositifs médicaux connectés pendant la consultation et permet la création des comptes-rendus. HocoApp et HocoVisio partagent certaines fonctions, comme les comptes-rendus ou les dispositifs connectés, mais répondent à des usages distincts. Ici, l’enjeu est autant humain que technique : il fallait que l’échange reste simple, rassurant et fluide, même pour quelqu’un qui n’a jamais fait de visio de sa vie.
Le moment fort :
concevoir les véhicules eux-mêmes
Le design de Hocoia ne s’arrête pas à l’écran. Les cabinets sont des objets physiques réels, et j’ai piloté leur conception.
Le Mammobus
Notre Mammobus est présenté comme le plus petit cabinet mobile de mammographie au monde. Pour comprendre pourquoi c’est important, il faut regarder l’existant. Les unités mobiles de mammographie sont d’habitude d’énormes poids lourds. Elles imposent un permis camion, ne passent pas partout, et demandent un emplacement large et compliqué à obtenir. Des territoires entiers restent donc hors de portée du dépistage, alors que chaque année plus de 60 000 femmes sont touchées par le cancer du sein en France et qu’une femme sur deux seulement participe au dépistage organisé.
Le nôtre tient dans 3,5 tonnes et se conduit avec un simple permis B. Il va partout.
Tout le défi était là. Réduire le poids et la taille au maximum sans jamais sacrifier le confort des patientes ni l’ergonomie des soignants. Il fallait faire tenir dans ce gabarit minuscule un mammographe de dernière génération, un échographe pour l’échographie mammaire, deux postes de travail pour le manipulateur et le radiologue, une accessibilité complète avec rampe pour les personnes à mobilité réduite, et la connexion aux hôpitaux. Chaque centimètre et chaque kilo comptaient double.
Mon rôle a été de piloter cette création de bout en bout. Chercher des solutions physiques concrètes aux problèmes d’aménagement, sourcer et coordonner les fournisseurs, assister l’équipe opérations et collaborer avec les partenaires qui font les plans ou la fabrication, gérer la peinture et le covering du véhicule, valider les BAT, préparer les fichiers d’exécution pour les sociétés de stickage, et orienter la création selon les besoins réels du terrain.
Les Médicobus
Les Médicobus sont de vrais cabinets médicaux mobiles. C’est là que tout mon travail se rejoint, parce que le véhicule sur la conception duquel j’ai travaillé et le produit que j’ai conçu vivent dans le même espace. J’ai suivi de près la création de ces véhicules, en collaboration avec l’équipe opérations, et j’assurais la coordination avec le client sur les projets réalisés pour un client externe.
Chaque Médicobus embarque HocoApp et HocoVisio, une douzaine de capteurs connectés, une zone d’accueil à l’extérieur, des bureaux pour les soignants, un fauteuil médical pour le patient et une rampe pour les personnes à mobilité réduite. Le patient est accueilli, ses constantes sont prises, le soignant présent (infirmier, sage-femme, manipulateur radio selon le cas) réalise les examens avec les appareils connectés, et un médecin généraliste ou spécialiste intervient à distance via la téléconsultation quand c’est nécessaire. L’espace physique et l’interface numérique forment un seul et même parcours de soin.
Ce que le patient peut faire aujourd’hui
Le système permet désormais toute une gamme de dépistages et de consultations au plus près des territoires : dermatologie, cardiovasculaire, respiratoire, santé de la femme, check-up santé, et mammographie avec échographie mammaire.
L’impact
Ce qui compte au bout du compte, ce sont les gens pris en charge. Près de 10 000 patients ont pu consulter grâce à ces cabinets mobiles, souvent dans des endroits où ils n’auraient pas eu accès à un soignant autrement.
Être la première designer produit d’un projet comme celui-ci, c’est partir d’une base encore à construire et bâtir, pièce par pièce, un système qui va de l’écran jusqu’à la rampe d’accès du véhicule. C’est ce fil, du token de design à l’expérience réelle d’une patiente qui monte dans un bus sur un parking de village, qui donne du sens à tout ce travail.

